La loi handicap de 2005 organise quatre droits, de la compensation à l’emploi
La « loi handicap » désigne le plus souvent la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Elle ne concerne pas uniquement les aides financières. Elle organise l’accès aux droits, à l’école, à l’emploi, aux transports, aux bâtiments et à la vie citoyenne. Son principe est direct : le handicap ne doit pas empêcher une personne de choisir et de mener son projet de vie.
Une loi qui reconnaît le handicap et le droit de choisir sa vie
La loi du 11 février 2005 a refondé la politique du handicap en France autour de l’égalité des chances, de la non-discrimination et de la solidarité nationale. Son intitulé officiel met en avant l’égalité des droits, la participation et la citoyenneté. Une personne en situation de handicap doit pouvoir accéder aux droits fondamentaux, vivre dans la société ordinaire et bénéficier de mesures adaptées à ses besoins.
Une définition volontairement large
La loi définit le handicap comme toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société, subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques. Cette définition inclut aussi le polyhandicap et les troubles de santé invalidants.
Elle couvre donc des situations très diverses : handicap moteur ou sensoriel, troubles du neurodéveloppement, maladie chronique invalidante, troubles psychiques, déficience cognitive ou association de plusieurs handicaps. L’ouverture de droits ne dépend pas uniquement d’un diagnostic. Elle prend aussi en compte les conséquences concrètes de la situation dans la vie quotidienne, scolaire, sociale ou professionnelle.
Quatre droits qui structurent la loi
La loi handicap repose sur quatre axes : la compensation des conséquences du handicap, l’accessibilité de l’environnement, la scolarisation des enfants et des jeunes, ainsi que l’insertion professionnelle. Ces droits se complètent. Une aide humaine ne remplace pas un bâtiment accessible, et un accompagnement scolaire ne suffit pas sans transport, matériel ou adaptation pédagogique.
La MDPH : le point de départ pour faire reconnaître ses besoins
Dans chaque département, la maison départementale des personnes handicapées, ou MDPH, accueille, informe, oriente et accompagne les personnes concernées. Elle s’adresse aux enfants comme aux adultes, ainsi qu’à leurs proches. De nombreuses demandes de droits, de prestations et d’orientations sont déposées auprès d’elle.
Du projet de vie au plan personnalisé de compensation
La MDPH ne se prononce pas uniquement sur une pathologie. Une équipe pluridisciplinaire évalue les besoins à partir de la situation et du projet de vie de la personne : se déplacer, étudier, travailler, vivre chez soi, élever un enfant ou participer à la vie sociale. Cette évaluation peut conduire à un plan personnalisé de compensation, qui rassemble des réponses adaptées.
Cette approche évite de réduire une personne à une catégorie administrative. Le handicap peut augmenter la fatigue et les efforts nécessaires pour accomplir une démarche, se déplacer ou travailler. Une difficulté d’accès apparemment limitée peut alors déséquilibrer toute une organisation. L’évaluation individualisée prend en compte ces surcoûts, la fatigue cumulative et les obstacles de l’environnement, et pas seulement les besoins les plus visibles.
PCH, AAH et AEEH : ne pas confondre les dispositifs
| Dispositif | Rôle principal | Personnes concernées |
|---|---|---|
| PCH | Compenser certains surcoûts liés au handicap | Personnes ayant des besoins de compensation reconnus |
| AAH | Soutenir les ressources des adultes en situation de handicap | Adultes remplissant les conditions d’attribution |
| AEEH | Aider à faire face aux dépenses liées au handicap d’un enfant | Familles d’enfants en situation de handicap |
La prestation de compensation du handicap, ou PCH, peut financer une aide humaine, une aide technique, l’aménagement du logement ou du véhicule, des dépenses de transport et une aide animalière. Elle a évolué au fil du temps. En 2021, des aides à la parentalité ont été introduites, tandis que la préparation des repas et la vaisselle ont été intégrées. Depuis 2022, la PCH peut être accordée sans limitation de durée lorsque le handicap n’est pas susceptible d’évolution favorable. En 2023, son accès a été élargi aux troubles mentaux, psychiques, cognitifs ou du neurodéveloppement.
L’AAH et l’AEEH répondent à une autre logique : ce sont des allocations. En 2022, plus de 1,2 million de personnes bénéficiaient de l’AAH, contre 435 000 bénéficiaires de l’AEEH et 410 000 de la PCH. Depuis 2023, l’AAH est déconjugalisée. Pour les personnes concernées, les revenus du conjoint ne sont donc plus pris en compte de la même manière.
Rendre les lieux, les services et les transports réellement accessibles
L’accessibilité ne se limite pas à l’installation d’une rampe à l’entrée d’un bâtiment. La loi vise le cadre bâti, les établissements recevant du public (ERP), les logements, la voirie, les espaces publics, les transports, les services publics et les communications. L’objectif est de permettre une utilisation aussi autonome que possible des lieux et des services communs.
Des obligations pour les ERP et les réseaux de transport
Pour les ERP qui n’étaient pas conformes, les agendas d’accessibilité programmée, ou Ad’AP, sont mis en œuvre depuis 2015. La France compte environ 2 millions d’ERP. Parmi eux, 700 000 ont intégré le dispositif Ad’AP et 350 000 ont été déclarés accessibles. Un fonds territorial d’accessibilité peut financer jusqu’à 50 % des dépenses de travaux et d’équipements pour les structures éligibles.
Dans les transports, les schémas directeurs d’accessibilité organisent la mise en accessibilité progressive. Les adaptations concernent notamment les gares, les arrêts prioritaires, l’information des voyageurs et la continuité du trajet. L’accessibilité forme une chaîne : un quai adapté perd une partie de son utilité si le cheminement jusqu’à la gare, la signalétique ou l’achat du billet restent impraticables.
École, études et emploi : des droits à exercer dans le milieu ordinaire
La loi affirme le droit à la scolarisation des élèves en situation de handicap en milieu ordinaire, au plus près de leur domicile lorsque cela est possible. L’établissement scolaire doit prévoir les adaptations nécessaires : matériel, rythme, évaluation, accompagnement humain ou organisation pédagogique. Les AESH accompagnent certains élèves, tandis que les ULIS proposent un dispositif collectif adapté au sein des établissements.
La scolarisation a progressé sur le long terme. En 2005, 130 000 enfants en situation de handicap étaient scolarisés, contre environ 520 000 en octobre 2024. Le nombre d’AESH a augmenté de 90 % entre 2013 et 2024, pour atteindre 140 000 personnes. Dans l’enseignement supérieur, le nombre d’étudiants concernés est passé de 7 500 en 2005 à 64 500 à la rentrée 2024.
L’obligation d’emploi et les aides professionnelles
L’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, ou OETH, impose aux employeurs d’au moins 20 salariés d’employer 6 % de travailleurs handicapés. Cette obligation, issue de la loi de 1987, a été réformée avec une entrée en vigueur en 2020. Depuis cette réforme, toutes les entreprises, y compris celles de moins de 20 salariés, déclarent leur effort en faveur de l’emploi des personnes handicapées.
Dans le secteur privé, l’Agefiph accompagne l’accès à l’emploi, la formation, l’adaptation des postes et le maintien dans l’emploi. Dans la fonction publique, ce rôle revient au FIPHFP, créé en 2005. Pour un salarié ou un agent public, la démarche peut concerner le recrutement, la formation, l’adaptation du poste ou la prévention d’une désinsertion professionnelle après l’apparition ou l’aggravation d’un handicap.
Repères historiques et démarches selon votre situation
La loi de 2005 s’inscrit dans une évolution progressive. La loi de 1987 a instauré l’obligation d’emploi de 6 %, celle de 1990 a renforcé la protection contre les discriminations, et celle de 1991 a porté sur l’accessibilité des logements, des lieux de travail et des installations recevant du public. Les lois de 2013 et de 2019 ont prolongé le mouvement vers une école plus inclusive. La réforme de l’OETH est entrée en vigueur en 2020.
- Personne concernée ou proche : la MDPH est l’interlocuteur central pour l’évaluation des besoins, les demandes de PCH, d’AAH, d’AEEH et certaines orientations.
- Parent d’un élève : la scolarisation, les aménagements et l’accompagnement doivent être abordés avec l’établissement scolaire et, selon les besoins, dans le cadre d’une démarche auprès de la MDPH.
- Salarié ou demandeur d’emploi : l’Agefiph est l’organisme de référence pour le secteur privé, notamment pour l’adaptation du poste et le maintien dans l’emploi.
- Agent public ou employeur public : le FIPHFP intervient pour soutenir l’insertion et le maintien dans l’emploi des personnes handicapées.
La loi handicap ne fait pas disparaître toutes les difficultés, mais elle inscrit la compensation, l’accessibilité, la scolarisation et l’emploi dans une logique de droits. Comprendre le rôle de la MDPH, distinguer les prestations et identifier l’organisme compétent permet de relier le principe légal à une réponse adaptée à chaque situation.



