Magazine indépendant · Autonomie, prévention & maintien à domicile Nice · Côte d'Azur
Pharmacie Borriglione Le magazine de l'autonomie & du bien-être
Seniors & maintien à domicile

Marcher avec des béquilles sans douleur : réglage, appui et sécurité

Élise-Marie Delmas-Cadieux 7 min de lecture
Comment marcher avec des béquilles : réglage, appui et sécurité, poignées à bonne hauteur

Apprendre à marcher avec des béquilles demande de la coordination, surtout après une opération, une fracture ou une entorse. Les bons gestes protègent la jambe concernée, mais aussi les poignets, les épaules et le dos. Avant de vous déplacer seul, vérifiez le niveau d’appui autorisé par votre médecin ou votre kinésithérapeute : absence d’appui, appui partiel et appui complet ne reposent pas sur la même technique.

Commencer par un réglage qui stabilise vraiment

Une béquille mal réglée vous oblige à vous pencher, à hausser les épaules ou à tendre excessivement les bras. Avant les premiers pas, mettez des chaussures fermées, stables et antidérapantes. Vérifiez aussi les embouts : ils doivent bien adhérer au sol et ne pas être usés.

Comment marcher avec des béquilles : réglage, posture et séquence des mouvements
Comment marcher avec des béquilles : réglage, posture et séquence des mouvements

Béquilles axillaires : les aisselles ne portent pas le poids

Avec des béquilles axillaires, laissez un espace d’environ 2 à 4 cm entre le haut du coussin et l’aisselle. Le poids du corps doit passer dans les mains, sur les poignées, et non comprimer les aisselles. Un appui direct peut devenir douloureux et gêner les bras. Lorsque vos bras sont relâchés le long du corps, les poignées doivent idéalement se trouver au niveau des poignets.

Cannes anglaises : un appui brachial, pas une traction des épaules

Les cannes anglaises, aussi appelées béquilles anglaises, entourent l’avant-bras grâce à un brassard. Réglez-les pour conserver les coudes légèrement fléchis, autour de 15 à 20 degrés. Gardez les épaules basses et le dos droit. Les bras guident le mouvement et supportent une partie du transfert de poids, sans se verrouiller. Si vous devez lever les épaules pour atteindre les poignées, les cannes sont probablement trop hautes.

Adapter la marche au niveau d’appui prescrit

La règle essentielle est simple : ne décidez pas seul de poser davantage le pied. La douleur n’indique pas toujours le niveau d’appui autorisé, notamment après une intervention ou lorsqu’une immobilisation masque les sensations. Suivez les consignes reçues, même si vous vous sentez capable d’aller plus loin.

Marcher sans poser la jambe blessée

En cas de non-appui, avancez les deux béquilles en même temps, à une distance raisonnable devant vous. Ne les projetez pas trop loin. Déplacez ensuite la jambe blessée en la gardant décollée du sol, puis avancez la jambe valide entre les béquilles ou légèrement devant elles, selon votre équilibre.

Le mouvement se fait en trois temps :

  1. avancez les deux béquilles ;
  2. transférez votre poids dans les mains, sans bloquer les coudes ;
  3. faites passer la jambe saine, tandis que la jambe blessée reste sans contact avec le sol.

Au début, entraînez-vous sur quelques mètres dans un espace dégagé. Chercher à aller vite réduit la précision du geste et augmente le risque de déséquilibre. Avancez lentement jusqu’à ce que la séquence devienne régulière.

Marcher avec un appui partiel

Lorsque l’appui partiel est permis, avancez les deux béquilles avec la jambe concernée, puis faites suivre la jambe valide. Cette séquence aide à doser le poids placé sur le pied tout en conservant un soutien latéral. Certains patients reçoivent une consigne très précise, avec une pression limitée sur le membre blessé. Dans ce cas, un kinésithérapeute peut vous apprendre à reconnaître l’appui demandé.

Avec un appui complet et deux cannes, la progression peut devenir plus alternée. Utilisez cette méthode uniquement si elle correspond à votre prescription et à votre équilibre. Le type de blessure ne suffit pas à déterminer seul la technique à employer.

Tourner, s’asseoir et franchir les obstacles sans précipitation

La sécurité ne se joue pas uniquement en ligne droite. Les virages, les portes et les changements de niveau demandent davantage d’anticipation que la marche sur un sol dégagé.

Faire demi-tour et passer une porte

Pour tourner, évitez le pivot brusque sur la jambe valide. Réalisez plutôt plusieurs petits pas, en déplaçant progressivement les béquilles et les pieds. Devant une porte, approchez-vous, ouvrez-la en gardant vos deux aides à la marche sous contrôle, puis franchissez le passage lorsque le battant est bien dégagé.

Un sac à dos est plus pratique qu’un sac porté à la main : vos mains restent disponibles pour tenir les poignées. Ne transportez pas d’objet qui vous oblige à lâcher une béquille pendant le déplacement.

S’asseoir, se relever et utiliser les escaliers

Pour vous asseoir, reculez jusqu’à sentir le siège derrière vos jambes. Gardez la jambe blessée devant vous et saisissez l’accoudoir, si possible, avant de descendre lentement. Pour vous relever, poussez sur le siège et sur la jambe valide, puis reprenez les béquilles une fois debout et stable.

Dans les escaliers, utilisez une rampe si elle est disponible. À la montée, avancez d’abord la jambe valide, puis la jambe blessée et les béquilles. À la descente, placez d’abord les béquilles sur la marche inférieure, avancez la jambe blessée, puis la jambe valide. Retenez ce repère : la jambe saine monte vers le haut, la jambe blessée descend vers le bas. Si vous manquez de force ou d’équilibre, ne tentez pas l’escalier sans démonstration préalable.

Réduire la fatigue en organisant chaque déplacement

Les béquilles transforment la marche en un transfert de charge qui sollicite les bras, les épaules et le dos. Préparez votre déplacement avant de vous lever. Placez le téléphone, un verre d’eau et vos affaires à portée de main pour éviter les allers-retours et les situations où vous devez improviser avec une main occupée.

  • Gardez le regard dirigé vers l’avant pour lire le sol et anticiper les obstacles.
  • Faites des pas réguliers, sans avancer les béquilles trop loin devant vous.
  • Relâchez les épaules et respirez sans retenir votre souffle.
  • Fractionnez les trajets et asseyez-vous dès que les bras ou le dos se crispent.
  • Choisissez, si nécessaire, des poignées ergonomiques et des béquilles légères, réglables et stables.

Si vos poignets deviennent sensibles, vérifiez d’abord la hauteur des béquilles et la façon dont vous serrez les poignées. Une prise trop forte ou des coudes verrouillés transmettent davantage de tension vers les mains, les épaules et la nuque. Ajustez votre prise sans relâcher le contrôle des béquilles.

Sécuriser le domicile et savoir quand demander de l’aide

Retirez les tapis glissants, dégagez les couloirs, éclairez les zones de passage et évitez les sols mouillés. Dans la salle de bain, une chaise stable et des barres d’appui peuvent faciliter les transferts. À l’extérieur, redoublez de prudence sur les graviers, les pavés, les bordures et les surfaces humides : les embouts peuvent glisser ou se coincer.

Aide à la marche Atout principal Point de vigilance
Béquilles axillaires Appui important lors d’une décharge de la jambe Ne jamais suspendre son poids aux aisselles
Cannes anglaises Maniement plus compact et appui sur l’avant-bras Demandent une bonne coordination des bras
Déambulateur Base d’appui plus large Peut être plus encombrant et ne convient pas à toutes les prescriptions

Demandez conseil à un professionnel de santé en cas de douleur aiguë, de fourmillements, d’engourdissement des mains, de vertiges, d’essoufflement inhabituel ou de fatigue persistante. Après une chute, même sans douleur immédiate, faites réévaluer la situation avant de reprendre seul vos déplacements. Un kinésithérapeute peut corriger la technique, tandis qu’un ergothérapeute peut aider à adapter le logement pour retrouver une autonomie temporaire plus sûre.

Élise-Marie Delmas-Cadieux

Partager cet article

Retour en haut